Nietzsche, Humain, trop humain : la morale.
Auteur : Analyse du sujet
C'est un texte qui interroge sur l'objectivité ou non de la morale. Y a-t-il un bien et un mal objectifs ? Qu'est-ce que le bien ? Ne sommes-nous pas victimes d'une illusion quand nous décrétons tel acte moral, ie, bien ou mal ? Et cette illusion n'est-elle pas celle selon laquelle l'homme serait un être libre, pourvu d'un libre arbitre ? Sous couvert de morale, ne retrouvons-nous pas en fait l'oeuvre de la nature de laquelle on prétend s'affranchir à travers la morale ?
C'est la thèse de Nieztsche : la morale n'est rien d'autre que l'expression de ce qui nous est utile pour notre conversation. Elle est subjective, autant individuellement que culturellement. On pourra se demander si le bien est vraiment réductible à l'utile pour notre conversation ?
Notez qu'on se trouve ici à l'opposé de l'universalisme kantien !
Développement possible
Partie I La morale est liée à la liberté (jusqu'à "nécessité")
Quels caractères doit-on rencontrer, afin de qualifier quelque chose ou quelqu'un, de moral ou immoral ?
Est capable de morale un être rationnel qui agit de manière intentionnelle, délibérée, qui n'est pas régi à ses instincts. Il faut pouvoir être imputable d'une faute pour nous accuser d'avoir commis un acte dit "mauvais". Il faut l'avoir voulu.Nietzsche parle également de "necessité" : il faut donc pouvoir avoir agi autrement, pour être un. On rencontre ici le concept de contingence, qu'il pouvait être utile de développer.
L'homme est un être moral parce qu'il dispose de libre-arbitre : c'est une thèse classique en philosophie, que vous avez dû étudier cette année. Il fallait prendre le soin d'analyser le terme d'arbitraire : il ne s'agit pas vraiment de pouvoir faire n'importe quoi n'importe comment mais de pouvoir choisir entre deux contraires (cf. le terme d'arbitre); par ailleurs arbitraire s'oppose à nécessaire et s'accorde donc avec le terme de contingent.
Cela fait de la morale un système de valeurs, au sens double de système des règles du bien et du mal, mais aussi et surtout au sens où elle est un système de normes non naturelles, élaborées par l'homme indépendamment de ses instincts les plus primitifs. Ainsi il ne va pas de soi de ne pas faire de mal à autrui comme on l'entend, surtout s'il en va par exemple de notre auto-conservation; pourtant la morale considère que faire du mal à autrui est immoral, mauvais. Pourquoi ? Justement parce que l'on accorde une grande valeur à l'humanité, la seule espèce en ce monde créatrice de valeurs (on se rappelera ici de Kant et de sa notion de l'humanité comme fin en soi, et on pourra rapidement se permettre ici un résumé de sa morale)
Partie II
La remise en question de cette valeur transcendante, universelle, de la morale : la morale n'est que l'expression de notre instinct ou besoin le plus naturel qui soit : se conserver en vie; est bien ce qui est utile de ce point de vue, mal, ce qui ne l'est pas ! Nous sommes donc victimes d'un préjugé ("nous" : notre culture, mais aussi les philosophes qui ont une vision rationaliste, universelle, de la morale; cf. plus bas Platon, Socrate) (cette partie s'arrête d'ailleurs, selon nous, juste avant l'évocation des auteurs)
Les exemples pris par Nietzsche doivent être ici développés. Il s'agit vraiment de naturaliser la morale ! Nous pouvons ici avoir l'intention de nuire à autrui sans que ce soit mal, à condition qu'il en aille de notre conservation : c'est donc que le seul critère ultime de la morale est naturel, et lié au besoin; ici on nous parle d'utilité.
Il est interessant de s'arrêter sur la distinction communément admise, du moins en philosophie, entre "bien" moral et "utile" ! Normalement quand il s'agit de déterminer si un acte est bien ou pas il s'agit plutôt de se demander, cf. Kant, si la maxime de mon action est universalisable sans contradiction. Ce qui n'admet pas les cas d'exception. Par exemple on trouve par cette méthode de l'universalisation de notre maxime chère à Kant que l'on ne doit pas mentir, parce que si on universalise cette maxime alors on ne pourra plus croire personne et nous-mêmes ne serons pas crus par les autres, ce qui annihile alors toute société. Ici on voit bien que toute considération d'utilité est exclue, même s'il en va de la conservation ou non de la société. Je ne me demande nullement si, dans telle circonstance, mon action est utile ou non, mais si elle est érigeable en loi morale, point.
Ici, Nietzsche dit tout le contraire : une action ne devient en fait morale ou immorale qu'en fonction de l'utilité ou non de cette action pour l'individu, ou pour l'Etat. Nous serions en fait sans le savoir victimes de ce "jugement" naturel. Nous sommes donc soumis à la nature, à notre instinct de conservation, dans n'importe quel jugement moral.... Et si on adopte la définition courante de la morale, telle qu'on l'a développée en I, alors l'homme n'est pas l'être digne qu'il croit être, car nous avons vu que s'il se croit digne c'est en tant qu'être capable de s'affranchir de ses instincts et par là créateur de valeurs morales !
Partie III- Critique générale de la philosophie morale "rationaliste" et/ ou intellectualiste : l'hyper subjectivité de la morale
Selon Platon, la morale est rationnelle, découverte par la raison, et il y a domination, dans l'action, de la raison sur les désirs; nous sommes moraux parce que nous sommes capables d'écouter notre raison, immoraux dans le cas contraire. Ainsi pour Platon "nul ne fait le mal volontairement" : quand nous le faisons c'est en croyant faire ce qui est bien pour nous.
Attention : on pourrait croire que Nietzsche est d'accord avec Platon mais il y a chez les deux auteurs une différence majeure. Ce n'est pas l'utile qui nous dirige quand nous croyons faire le bien chez Platon, mais, comme chez Kant, ce qu'on appelle "bien en soi", indépendant de toute considération (subjective) d'utilité.
Pour Nietzsche le bon choix pour chacun c'est le choix utile. La raison elle-même est subjective et changeante, par conséquent, selon les circonstances.