«Avec l’existentialisme, l'homme fait l'expérience de l'absence de dieu et non plus seulement d'un dieu caché comme chez Pascal où Dieu laisse encore des signes aux hommes pour les orienter dans leurs actions. Sartre présente l'existentialisme comme un effort pour tirer toutes les conséquences d'une position athée cohérente.
En effet, prenant conscience de son "essence", l'homme va obligatoirement prendre conscience de ce que Sartre appel "la condition humaine". Cela signifie qu'en me définissant, je vais &eci
(...)rc;tre capable de "définir" l'humain d'un point de vue général. «L’homme n'est donc pas seulement responsable de sa stricte individualité mais de tous les autres », justement parce qu'il n'y a pas de nature humaine a priori et que l'humanité n'est rien d'autre que ce que les hommes actualisent par leur choix. «Tout se passe comme si pour tout homme, toute l’humanité avait les yeux fixés sur ce qu'il fait ». Chacun doit donc se demander à chacun de ses actes: suis-je bien celui qui agit de telle sorte que l'humanité se règle sur ses actes. En ce sens Sartre, un peu à la manière kantienne ne cesse de nous d'exhorter à être cohérent et honnête avec nous-même.
De cette manière mes choix ne seront pas seulement ceux que je fais personnellement, mais aussi ceux que ferait l'homme tout simplement. En prenant mes responsabilités, je représente en quelque sorte le genre humain. Si Dieu n'existe pas, il n'y a pas non plus de valeurs éternelles, de bien et de mal en soi qui s'imposeraient à nous de l'extérieur, dans une évidence intangible. En reprenant l'intuition de Dostoïevski, Sartre peut dire « Si dieu n'existe pas, tout est permis » au sens où chacun pose ses propres valeurs par ses choix. En d'autres termes il y aurait des sortes d'options, ce que Sartre appel la "subjectivité humaine", que je choisis en me démarquant mais en faisant partie d'un tout à la fois.
En somme la responsabilité des choix des hommes est un véritable phénomène engageant chaque homme dans une sorte d'engrenage, l'intersubjectivité humaine. En faisant un choix quelconque (pas tant que cela en fin de compte), je sais pertinemment qu'il aura une influence au niveau collectif: mes choix sont ceux de tous. Sartre ne cesse de souligner que chacun, en agissant, pose des valeurs et en ce sens n'est plus seulement responsable de lui mais de l'humanité toute entière puisqu'il affirme ces valeurs comme exemplaires.»