Le texte à étudier
Ce texte est un écrit de Sartre issu de son ouvrage intitulé Cahiers pour une morale. Le thème de ce texte est la liberté humaine dans son rapport à l’action. Au sein de ce texte, Sartre se demande : qu’est-ce qui définie l’entreprise humaine ? Quelle est la définition de la liberté, concept spécifiquement conçu par l’auteur dans son rapport à l’action ? Il répondra que l’entreprise humaine, c’est à dire l’agir de l’homme dans le monde met en jeu les deux paramètres que sont la liberté de type libre arbitre ainsi que le hasard. En ce sens, la liberté est à concevoir dans sa liaison intime avec le hasard.
Ce texte se divise en deux mouvements. Dans un premier mouvement ( l. 1 à l. 8 ), l’auteur donne une définition actionnelle de la liberté, définit la liberté comme ce qui agit sur l’extériorité qu’est le monde, de manière indéterminée. Ainsi, il va pouvoir, dans un deuxième mouvement ( l. 8 à l. 19) approfondir le rapport entre liberté et hasard dont est constituée l’entreprise humaine. Pour ce faire, il donne un exemple concret d’une situation mettant en jeu la liberté et le hasard dans un contexte d’agir sur le monde.
I. Première partie
Sartre commence donc par poser l'hétéronomie de la liberté humaine : certes je suis libre de me fixer des buts, mais ces buts ne peuvent se réaliser qu'avec le concours d'éléments extérieurs que je ne maîtrise pas. La réussite de mes actions, projets, objectifs ne peut être une conséquence nécessaire de ma volonté, de ma décision. Il y a l'extériorité inévitable, ou encore l'adversité du monde, que je peux certes anticiper, mais jamais totalement prévoir de façon à annuler son influence. L'extériorité du monde s'oppose donc à l'intériorité de ma liberté. Par la pensée, je suis dans mon royaume, on peut dire qu'il y a un sentiment de facilité, de non-résistance, je peux penser ce que je veux, jusqu'à l'absurde ; avec l'action, la réussite est conditionnelle : l'humain est confronté au non-humain, la pensée est confrontée à la matière ou aux pensées adverses. Le modèle de l'action serait ici l'action politique ou guerrière, soumise à mille aléas, et opposée à la production matérielle qui, sauf exception, se contente de répéter un processus mille fois éprouvé. Une machine n'agit pas, un réparateur d'ordinateur agit peu : il se borne à remettre en état un mécanisme nécessaire, à résoudre un problème qui, par définition, a été déjà résolu. L'action au sens de Sartre se situe bien plus haut : sa grandeur est de pouvoir échouer, de pouvoir se briser sur des difficultés inattendues, ce qui suppose un projet complexe qui s'expose délibérément à l'échec parce qu'il est novateur, complexe, profondément humain. On ne dira pas du sommelier qu'il est un homme d'action au moment où il ouvre une bouteille, car le bouchon est fait pour cela et n'importe qui aurait pu le faire. Par contre choisir un vin pour tel plat, tels convives, telles circonstances l'expose à l'échec et exprime un projet. La grandeur de l'action est donc dans le risque auquel elle s'expose d'être balayée par la toute-puissance du réel.
II. Deuxième partie
Dans la seconde partie, Sartre développe l'idée d'un compromis nécessaire pour la réussite de l'action humaine. L'inventivité humaine est requise, y compris et surtout en tant que capacité d'anticiper et d'épouser l'obstacle pour parvenir à ses fins. Mais l'obstacle ne peut jamais être entièrement prévu, et la liberté humaine doit composer avec lui. Je ne peux m'en remettre au hasard et agir comme un lanceur de dés sous prétexte que la réalité est confuse. Le succès de l'action humaine se fonde sur une coopération contingente entre ingéniosité de l'esprit et bonne disposition du réel. Cette coopération n'est jamais acquise. Le terrain de l'action est donc le probable : l'homme ne peut se permettre d'ignorer les lois de la nature, mais il ne peut se permettre de dicter la loi de sa volonté.
Il est condamné à être à la fois acteur et spectateur de ses actions.