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Le désir : nécessaires ou seulement naturels (partie 3)
Date de publication : 06/04/2010 • 4646 vues


  

 

On comprend que les philosophes classiques se soient méfiés du désir. Une opposition des plus classiques passe entre raison et désir. Tandis que la raison règlerait la vie, les désirs la dérègleraient, rendraient excessif, passionnel, créeraient illusions et aliénation. C'est très clair chez Platon : le désir est esclave du sensible et l'âme doit apprendre à s'élever des désirs sensibles aux désirs nobles et intelligibles : désir des Idées, de la vérité. Platon nous invite donc à sublimer nos désirs corporels dans une recherche spirituelle. Il faut pour ainsi dire purifier les désirs. Mais les personnages de Platon sont nombreux et divers. Dans le Gorgias, Calliclès entend réaliser tous ses désirs, vivre avec intensité. Socrate lui répond qu'il est semblable à un tonneau percé, au tonneau des Danaïdes, qui jamais ne pourra être rempli. Mais Calliclès répond tout aussi bien à Socrate que celui qui veut ainsi maîtriser ses désirs est semblable à une pierre froide, sans vie. Faut-il mieux être un tonneau percé par le désir ou une pierre inanimée par son refus ?

Tout est évidemment question d'équilibre, et il serait aussi irrationnel de condamner les désirs au nom de la raison que de faire l'éloge des travers auxquels ils peuvent nous conduire, lorsqu'ils sont incandescents.
Epicure nous invitait à un tel équilibre en distinguant dans la Lettre à Ménécée les désirs vains des désirs naturels. Les désirs vains ne conduisent pas au bonheur parce qu'ils nous entraînent dans une course sans fin, insatisfaisante (désir de pouvoir, de richesse, de luxure). Les désirs naturels peuvent être nécessaires (satisfaire les besoins de mon être, vivre auprès d'autres hommes) ou seulement naturels (ils apportent un agrément, tel un bon repas.) Les désirs naturels nécessaires sont à satisfaire. Les désirs seulement naturels ne sont pas à rejeter. Mais le Sage épicurien sait les mesurer, s'en passer, en calculer les conséquences positives ou négatives. En échappant aux excès comme à l'ascétisme religieux, la philosophie épicurienne propose un modèle du bien-vivre, très éloigné de la vision déformée qu'on fit de celle-ci et dont Epicure se plaignait déjà : l'épicurien n'est pas un acharné des plaisirs, un débauché. Il accède au repos de l'esprit (l'ataraxie) et à la satisfaction du corps (aponie) par la force de son esprit.




La force de l'esprit, c'est la volonté. Nous employons parfois un mot pour un autre. On dit : « Je te veux » pour dire « Je te désire ». Mais cela est trompeur. Tandis que le désir est éphémère, hypnotique, changeant, contradictoire, la volonté est une activité franche du sujet qui engage sa liberté dans des choix et dans un ensemble de moyens pour parvenir à son but. Elle est une expression de sa liberté, capable de travail pour faire triompher le but choisi. Désirs et volonté peuvent s'opposer, tel le fumeur qui décide d'arrêter son habitude. En définitive, c'est l'adéquation de nos désirs avec notre volonté qui constitue une voix vers le bonheur. La volonté trie les désirs au nom d'une durée, d'un choix, rejette les désirs contraires. Elle ne détruit pas pour autant les désirs, mais les accorde à sa force.


Le désir : ni besoin, ni pulsion (partie 1)
L'expérience du désir (partie 2)

 

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